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Publié le 28/09/2026Viticulture

L’importance des suivis ravageurs en agriculture biologique : exemple de la viticulture

Qu’est-ce que le réseau de surveillance participatif des ravageurs en Dordogne ?

Chaque année depuis 2009, un groupe de viticulteurs, allant d’une dizaine à une vingtaine de domaines selon les années, participe à un réseau de surveillance participatif des ravageurs. Ce réseau repose sur deux actions, de la fin avril à la mi-septembre :

  • Des comptages hebdomadaires des ravageurs par un technicien viticole d’AgroBio Périgord,
  • La pose de pièges jaunes tri-anglués relevés par les vignerons avec un appui du technicien pour la reconnaissance des insectes.

 

Piège tri-anglué avec capsule de phéromones

Piège tri-anglué avec capsule de phéromones

Pourquoi observer ?

Le suivi des vols et les comptages sur feuilles et grappes remplissent plusieurs objectifs :

  • Anticiper les pressions ravageurs et déterminer si celle-ci dépasse ou non le seuil de risque (seuil au-delà duquel une perte de rendement est envisagée) ;
  • Déterminer le meilleur moment et la meilleure solution d’intervention pour protéger la récolte : permet de limiter le nombre de traitements tout en maximisant leur efficacité ;
  • Accumuler de la donnée historique pour mieux comprendre les dynamiques ravageurs.

 

Ainsi, le réseau de surveillance permet chaque année de raisonner la lutte insecticide avec l’apport de conseils personnalisés aux participants. Les données ainsi acquises servent également à la rédaction des bulletins techniques viticoles produits tout au long de la saison.

 

Cas pratique 1 : cicadelle de la flavescence dorée

Dans le cas de la cicadelle vectrice de la flavescence dorée Scaphoideus titanus, nous parlons d’un organisme de quarantaine. Par conséquent, la lutte est encadrée par la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Forêt) et il y a des traitements insecticides obligatoires définis par commune dont les dates sont fixées par arrêté préfectoral.

 

Observation d'un Scaphoideus titanus adulte

Observation d’un Scaphoideus titanus adulte

 

L’enjeu de l’observation de terrain pour cet insecte n’est donc pas de réduire le nombre de traitements, mais de le ou les positionner au mieux dans l’intervalle des dates données par l’arrêté préfectoral.

 

Cela passe par l’observation des larves sur la face inférieure des feuilles et la détermination des stades larvaires observés. La proportion des stades allant du stade L1 (le plus jeune) au stade L5 (le dernier avant passage au stade adulte) permet de préciser la date optimale de traitement. On cherchera généralement à avoir une majorité de stades L2-L3 qui sont plus sensibles aux traitements insecticides que les stades plus âgés, tout en ayant le moins possible de stades L1 qui pourraient indiquer des éclosions encore en cours. En effet, les produits utilisables dans la lutte contre cette cicadelle étant très peu rémanents (Pyrèthres naturels ou huile de paraffine), les larves écloses post-traitement ne seront pas impactées.

 

Stades de développement de la cicadelle de la flavescence dirée (Source - Julien CHUCHE, 2010)

Stades de développement de la cicadelle de la flavescence dirée (Source – Julien CHUCHE, 2010)

 

Les captures des adultes avec les pièges jaunes tri-anglués (pièges chromatiques) permettent d’évaluer l’efficacité de ces traitements a posteriori.

 

Cas pratique 2 : eudémis

Dans le cas d’eudémis, il y a trois générations par saison viticole. Les captures grâces aux pièges tri-anglués avec capsules phéromonales permettent de visualiser le début et la fin des vols. Elles ne permettent pas, à proprement parler, de déterminer la pression exercée sur la culture car ces pièges n’attirent que les mâles. Il est donc indispensable de coupler ces captures à des observations sur les grappes (notamment une observation des pontes et des stades de pontes).

 

Observation d'eudémis adulte

Observation d’eudémis adulte

 

De droite à gauche : ponte fraîche, pontre stade jaune, ponte stade tête noire et ponte éclose

De droite à gauche : ponte fraîche, pontre stade jaune, ponte stade tête noire et ponte éclose

 

En effet, pour être le plus efficace possible, les produits utilisables dans la lutte contre eudémis (Spinosad et Bacillus thuringiensis) doivent être appliqués au plus proche de l’éclosion. Lors des comptages sur grappes, on sera donc attentifs à la proportion d’œufs ayant atteint le stade « tête noire », ainsi nommé car on commence à voir la tête sombre de la larve par transparence, qui survient 24 à 48h avant éclosion.

Ces observations peuvent tout autant concerner des parcelles en confusion (dans lesquelles des phéromones femelles d’eudémis sont diffusées tout au long de la saison pour perturber la reproduction de l’insecte) que dans des parcelles sans confusion. En effet, il peut arriver, lorsque le vol d’eudémis est très important, que la confusion ne suffise pas à empêcher la reproduction et l’apparition de pontes.

 

Les conclusions du réseau pour 2026

En 2026, le réseau a permis d’observer le comportement de ces ravageurs face aux multiples canicules. Pour rappel, plusieurs alertes canicules ont eu lieu en Dordogne ; la première étant survenue fin mai, la seconde fin juin, la troisième sur la première moitié du mois de juillet suivie d’une vague de chaleur de la fin juillet jusqu’au 20 août avec une nouvelle alerte canicule à la mi-août.

Ces conditions exceptionnelles ont mené à plusieurs constats. Le plus flagrant étant l’effondrement de la population de cicadelles de la grillure dont les pontes ne supportent pas les températures au-delà de 32°C. En parallèle de cela, on a constaté une forte augmentation de la population de Zygina rhamni, appelée aussi « cicadelle italienne » qui est une espèce davantage thermophile. Heureusement, les dégâts sur feuilles de cette cicadelle n’ont pas occasionné d’impact sur le rendement.

 

Dégâts sur feuilles de Zygina rhamni (points décolorés)

Dégâts sur feuilles de Zygina rhamni (points décolorés)

 

Un effet des canicules a également été relevé sur les éclosions des larves de la cicadelle de la flavescence dorée. Nous avons pu constater plusieurs pics d’éclosion correspondants aux périodes de canicules (Graphique 1), sans doute car ces dernières ont permis aux pontes cachées le plus profondément dans les anfractuosités des écorces d’atteindre la température nécessaire à leur éclosion.

 

Evolution du nombre de larves de la cicadelle vectrice de la flavescence dorée sur le réseau au cours de la saison viticole depuis 2021

 

En ce qui concerne eudémis, le fait le plus notable est un effondrement du vol durant la troisième génération qui a coïncidé avec la vague de chaleur d’août (Graphique 2). Les fortes températures ont également pour effet de pousser les papillons à cacher davantage leurs pontes eu cœur des grappes ce qui rends leur observation plus difficile.

 

Moyenne par jour d’adultes d’eudémis capturés par piège sur l’ensemble du réseau depuis 2021

 

De nouveaux ravageurs ?

Depuis plus de 15 ans, les observations annuelles du réseau de surveillance des ravageurs en viticulture mettent en évidence les effets que peut avoir le changement climatique sur nos ravageurs habituels.

C’est pourquoi, nous participons également à l’observatoire OVNI (Observatoire des insectes nuisibles endémiques ou invasifs du vignoble) / Safegrape. Créé en 2022 et financé par le PNDV (Plan National Dépérissement du Vignoble), il vise à comprendre les dynamiques spatio-temporelles des principales espèces de ravageurs endémiques et invasifs du vignoble à travers des piégeages réalisés dans tous les vignobles français durant la saison viticole. En 2026, cela représente 176 parcelles suivies par 71 partenaires dans toute la France. Les pièges relevés sont ensuite envoyés à l’INRAE qui se charge de l’identification des insectes piégés.

De telles observations permettent de suivre la progression sur le territoire de nouveaux ravageurs et d’anticiper leur gestion. Plusieurs espèces sont d’ores et déjà surveillées de près, dont deux détectées en Gironde :

  • La typhlocybine américaine : cicadelle d’origine américaine dont les dégâts sur feuilles rappellent ceux de Zygina rhamni, mais avec une intensité d’attaque bien supérieure,
  • La pyrale du daphné ou Cryptoblabes gnidiella : un ver de grappe au même titre qu’eudémis, mais dont l’observation est plus délicate et l’intensité d’attaque plus forte.

D’autres espèces à risques détectées en France sont également à surveiller de près :

  • La cicadelle africaine : identifiée dans les Pyrénées-Orientales et le Var en 2024 et dans l’Aude en 2025, elle est impossible à distinguer de la cicadelle verte autrement qu’en laboratoire. Ses dégâts sur feuilles sont bien plus spectaculaires et on lui a attribué le surnom de cicadelle « lance-flammes ». Thermophile, les canicules lui sont favorables.
  • Le scarabée japonais : identifié en Alsace en 2025 et en Franche-Comté et Provence en 2026, il s’agit d’un organisme de quarantaine prioritaire. Ce petit coléoptère phytophage a un fort potentiel de défoliation dû sa prolifération rapide.

 

L’importance de l’observation de terrain

L’observation de terrain est plus que jamais nécessaire face aux changements des conditions climatiques qui, couplées aux transports commerciaux et touristiques, facilitent le déplacement des populations invasives.

Il n’est plus seulement question de réagir au mieux aux pressions ravageurs de l’année, mais également d’anticiper l’arrivée de potentiels nouveaux ravageurs. Cela passe par : comprendre leur comportement, modéliser leur développement et anticiper pour limiter au mieux les impasses techniques par la suite. C’est un enjeu qui doit être pris au sérieux et ce, quelle que soit la culture.

Rédaction

Claire Maisonneuve