Ferme municipale – régie agricole : une solution pour approvisionner sa cantine ? L’expérience de Champcevinel
En Dordogne, la commune de Champcevinel et plus récemment celle de Razac-sur-L’Isle se sont lancées dans l’aventure de la régie agricole. D’autres collectivités sont en questionnement.
Ainsi le CAAP24 a proposé une rencontre sur ce sujet aux élus et agents du territoire du Grand Périgueux. Les participants ont pu bénéficier du retour d’expériences de la visite et des échanges avec la commune de Champcevinel. La partie cultivée en maraîchage fait 3 500 m² et produit 4 tonnes de légumes destinés au restaurant scolaire, soit 50 % des besoins, pour environ 320 repas/jour. Il y a également un petit verger, des poules et un rucher pédagogique. Christian LECOMTE, le maire de la commune a expliqué que ce projet était avant tout un vecteur de lien entre élus, agents, parents d’élèves et habitants. Il n’y a pas de recherche de rentabilité mais plutôt une volonté de sécurisation de l’approvisionnement, d’autonomie pour la cantine. Pour aller plus loin, la commune s’est dotée à la rentrée 2025 d’un nouveau restaurant scolaire abritant la « cuisine centrale », une partie « légumerie » pour préparer et surgeler les surplus de légumes de la ferme municipale, notamment sur la période estivale (soupes, ratatouille, coulis…), et une partie pour le stockage de la production agricole.

↑ Restaurant scolaire de Champcevinel
Bilan des avantages/inconvénients des fermes municipales – régies agricoles pour l’approvisionnement de la restauration collective
Les clés de la réussite
- Une volonté politique forte et un contexte communal
favorable (sensibilité à l’environnement, à l’éducation,
à la pédagogie…). - Une adhésion/motivation partagée des élus, des agents communaux (espaces verts, cuisine, périscolaire), des parents d’élèves et dans l’idéal des enseignants.
- Le lien entre toutes les parties prenantes à tisser et à maintenir par des moments de partage conviviaux (ex : ramassage collectif des pommes de terre).
- Un dialogue permanent entre les agents à la production et les agents à la cuisine pour adapter les repas à la disponibilité des légumes et inversement adapter la planification des cultures à la demande.
Les freins à lever, les écueils à éviter
- Se faire accompagner globalement et techniquement pour quantifier et qualifier les besoins en alimentation (types et nombre de convives, besoins en matériel et en bâti, besoins/compétences des moyens humains, etc.).
- Se faire accompagner globalement et techniquement pour définir en amont le projet de production agricole possible et souhaitable (diagnostic agronomie et irrigation, besoins en matériel et en bâti, planification des cultures, besoins/compétences des moyens humains, accès, voirie, voisinage, contraintes réglementaires, etc.).
- Etudier les différents modes de gestion possible (régie agricole ou foncier public loué à des paysans par exemple).
- Chiffrer le projet d’investissement et de fonctionnement (anticiper notamment un programme d’investissement pour le renouvellement du matériel à moyen et long termes).
- Monter des dossiers de demande de financement
Les points de vigilance
- Poursuivre la collaboration avec les producteurs bio voisins pour les soutenir dans leur projet d’installation et/ou pérenniser leurs activités.
- Poursuivre la collaboration avec la plateforme Manger Bio Périgord pour l’approvisionnement en produits bios locaux non produits sur la ferme communale et/ou sur les fermes voisines.
AgroBio Périgord a accompagné ce projet depuis son démarrage en particulier sur le volet production. Elle a ainsi développé une expertise sur le sujet.
Visite du potager municipal de Saint Junien (87) : partager des expériences pour s’enrichir
AgroBio Périgord a accompagné au printemps un groupe d’élus et d’agents des collectivités du Grand Périgueux lors de ce voyage d’étude. L’objectif : découvrir un autre modèle et échanger.
Il s’agit du projet phare de la mandature pour l’équipe en place depuis 2021. Les raisons : bien manger, atteindre les objectifs de la loi EGAlim, s’inscrire dans le PCAET de la communauté de communes (Plan Climat Air Energie Territoire), approvisionner la cuisine centrale qui était alors en cours de construction. La commune de Saint-Junien compte 11 000 habitants et prépare les repas pour les 1 100 enfants des 7 groupes scolaires, les enfants des crèches, les scolaires d’autres communes… L’objectif était de répondre à 80 % des besoins en légumes, soit 30 tonnes (dont 16 tonnes de pommes de terre). Les terres sont situées sur l’Ile de Chaillac et sont la propriété de la Communauté de communes. Aujourd’hui, 20 000 m² sont cultivés en plein champ et sous abris. En 2024, le potager a produit 10 tonnes pour la cuisine centrale et environ 1 tonne pour une épicerie solidaire (hors calibre, fin de culture…).

↑ Régie agricole de Saint-Junien